Errances thyroïdiennes

Pour l’instant je mets ma plume au service de mon nouveau blog sur le scandale du levothyrox. J’y réalise aussi quelque illustrations de circonstance.

Cette affaire en dit long sur le fonctionnement de notre système de santé et ce qui se passe avec le levothyrox n’est que le prélude à d’autres scandales sanitaires à venir. J’aimerais renouer avec des textes plus littéraires mais il y a urgence à réagir.

https://errancesthyroidiennes.wordpress.com/

Publicités

Je n’y crois plus

 

Est-il possible de cesser de croire que mon art sera reconnu un jour sans pour autant être désespérée ? Est-ce vraiment la fin d’un espoir mais dans ce cas pourquoi ne suis-je pas plus affectée ? Est-ce une dépression qui ne dit pas son nom ?

Je me demande parfois si je n’ai pas fait fausse route et si le chemin emprunté était bien le mien.

En épousant un artiste, j’ai fait miens ses rêves de consécration mais à vrai dire, je n’étais ni attirée par la richesse ni par la célébrité. C’est peut-être pour cette raison que je ne souffre pas de n’avoir pas réussi. Mais peut-être le plus dur est la sensation d’être passée à côté de ma vie.

Je suis à la dérive. Avec une minuscule retraite dont je préfère taire le montant, tant il est dérisoire, je sais que je devrais tenter de trouver des revenus complémentaires. Je n’ai jamais su vendre mes livres et encore moins mes peintures, ni même les centaines d’images numériques crées au fil des ans. Je dois avoir un problème avec l’argent. Écrire est pour moi une fuite, Internet une illusion. Je ne me vois pas passer mes journées sur les réseaux sociaux accrocher des contacts abstraits. Je n’y crois plus. ll est trop tard et de toute façon, le monde a changé. Comment pourrait-il me reconnaître si je me sens de plus en plus étrangère à ses valeurs qui l’animent ?

Et si ce n’était pas du théâtre ?

Hier, je me suis éveillée avec une impression à fleur de rêve. Une pièce de théâtre à quatre personnages : Un couple était confronté à deux femmes ; l’une aimable et positive voyant ses actions contrées par une fouteuse de merde déclenchant des catastrophes. Les détails de ce rêve se sont progressivement effacés et si je devais écrire une pièce à partir de là, tout resterait à inventer. Deux mots me sont venus, l’espoir et la fatalité. Je n’avais pas vraiment conscience que la fatalité était l’antidote de l ‘espoir mais à présent ceci me semble une évidence.

Et s’il ne s’agissait pas de théâtre ? Ma dernière pièce date de dix ans et je ne suis plus disposée à en écrire d’autres si je ne peux pas me dire qu’elles seront jouées un jour

D’ailleurs, j’ai oublié le théâtre et surtout la vie qui va avec. En moi, il n’y a plus de personnages attendant d’être créés pour habiter ces bribes de fiction incarnés par d’hypothétiques comédiens. Je leur ai rendu leur liberté et les ai laissés filer.

C’est là qu’intervient madame fatalité. Est-elle la sœur du désespoir, la fille de la lucidité, la mère de tous les échecs ?

Il est vrai que dans mon rêve, elle avait des allures de femme fatale. Je l’imagine portant un parchemin où sont consignés tous mes combats perdus et je comprends qu’il me faudrait baisser les bras.Je me demande où est passé la porteuse d’espoir. Sans doute partie avec tous ces personnages que je n’ai pas su retenir.

« Avec le temps, va tout s’en va « chantait Léo Ferré. Les écrits et les peintures restent mais le feu sacré qui me poussait à créer serait-il sur le point de s’éteindre ?

L’impression de fatalité engourdit mes forces vives. Créer, pour qui pour quoi ? Sans amertume ni désespoir, je ne peux tout à fait m’abstraire de la place ou plutôt l’absence de place fut la mienne durant toutes ces années.

Est-il vraiment désespérant de ne plus attendre la moindre reconnaissance ou est-ce le jaillissement de la conscience de la totale gratuité de l’acte artistique ? Ce qui est semé n’atteint peut-être jamais la cible espérée mais existe quelque part dans l’entendement infini. Car si les œuvres de l’esprit ne rencontrent pas l’adhésion de la société, leur diffusion peut d’irriguer le flux des connaissances et alimenter le vivier de la création.

Ma destinée parmi ceux qui ne sont rien

 

Depuis que Jupiter nous l’a appris, nous savons désormais qu’il y a des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien. Vu qu’il n’existe que deux cases pour classer les individus,on peut donc en déduire que si l’on ne réussit pas, c’est que l’on n’est rien.

Plus facile pour moi de me situer : Vu que je n’ai pas réussi à faire reconnaître mon art, c’est donc que ne je ne suis… rien.

Ce n’était pourtant pas mon impression… Être artiste, c’est être habité par sa création et ce n’est pas rien, mais est-ce suffisant ? Si fée de la chance ne s’est pas penchée sur votre berceau pour vous aider à rencontrer le succès pour les grands de ce monde vous n’êtes rien .

Cet propos très révélateur de la « pensée complexe » d’Emmanuel Macron semble être une variante de la notion de gagnants et de perdants qui fait s’agiter les marionnettes autour de l’avoir et du paraître. Mais en dépit du mépris affiché à leur encontre, il y a parfois quelque chose de beau, de pathétique, d’héroïque ou de sublime chez les perdants. Par contre si l’on dit de vous que vous n’êtes rien, on nie votre existence. On vous efface tout simplement de la communauté humaine. Léonard Cohen évoquait les perdants magnifiques  » Beautiful losers « .On pense bien sûr à tous les artistes maudits qui ont enfanté des soleils qui n’atteignent le monde des gagnants que lorsque leur création devient rentable. Mais lorsqu’un artiste parvient à la reconnaissance ne serait-ce que post-mortem ( surtout post mortem car un va-nu-pieds bouleversant et génial est moins dérangeant mort que vivant), il rejoint par sa célébrité le cercle de ceux qui ont réussi .Et tant pis si sa vie n’a été que solitude, misère et souffrance

Être un perdant, c’est gravir la même échelle que les gagnants mais en sens inverse et d’une certaine façon, ça permet d’aller beaucoup plus loin.

Sur quelle trône peut espérer au mieux s’asseoir l’ambitieux qui vise le plus haut podium ? Président de la République ? Parmi les gens que les heureux élus de la réussite excluent de leur monde parce qu’ils les considèrent comme des perdants, certains gravitent déjà dans une autre galaxie. Le sens de leur vie, leurs joies, leur quête leur ouvrent les portes d’un univers non matériel. Ils n’ont nul besoin d’un trône pour dominer des gens soumis ni d’argent trébuchant et sonnant pour capter les lumières artificielles. Leur monde à eux est infini.

Quand l’ambitieux rêve d’aller plus loin que la présidence de la république, il peut toujours se rêver en Jupiter. Mais il faut savoir être humble, puiser sa force dans le rien pétri d’amour, ou voir le monde avec les yeux d’un artiste pour effleurer les plans divins.

 

Passage sinueux, cible et arc 10. Martina Charbonnel

 

Passage sinueux, cible et arc 10.( acrylique sur toile ), 70x70x2 cm par Martina Charbonnel (2012)

Cette petite série de peintures reprend les anneaux de cible parallélogramme mais . le cordon qui relie et traverse les figures et permet le passage au dessus de la toile ( de part et d’autre) est désormais sinueux alors que dans toutes les peintures précédentes, il s’agissait d’une simple courbe. Les pieds personnages sont en forme d’arc de cercle qui donnent d’avantage une impression de glisse.

 

Lorsque l’amour a déserté

arbre hivernal 2

Comment appeler le manque d’amour, celui qui n’a pas été reçu parce que peut-être trop mal donné ou celui qui ne s’éprouve que dans la douloureuse sensation de manque ? Pourquoi pas le désamour, mais celui-ci suppose qu’il y ait déjà eu de l’amour.
Le désamour me fait penser à la phrase d’une chanson de Charles Aznavour : »Il faut savoir quitter la table lorsque l’amour est desservi « . Faut-il vraiment quitter la table ou continuer le repas seul parce que les nourritures consommées avec l’être aimé ont révélé une coupe pleine de promesses attendant de se remplir à nouveau?
Il est courant d’opposer la haine à l’amour. Mais la haine est-elle vraiment le contraire de l’amour ? Pas toujours, car il existe une infinité de nuances dans l’amour que l’on ne trouve pas en symétrie dans la haine. La haine a toujours une connotation passionnelle. L’amour qui serait son contraire serait un amour-passion, un amour possessif ou au mieux un amour intense. Or, il existe des formes d’amour bien plus harmonieuses : De l’amour parental à la bienveillance, en passant par l’amour du maître envers ses disciples sans oublier l’amour apaisé des vieux amants.
Mais quand le rêve vient à se briser, que l’amertume qui emplit la coupe de larmes entraîne un torrent dévastateur appelé haine, n’est-ce pas le contraire de l’amour ? Dans la haine, il y a un retournement émotionnel. L’inversion de l’amour en un sentiment négatif  laisse à penser qu’il s’agit de son contraire, mais la haine ne suit pas une trajectoire inversement proportionnelle à l’intensité de l’amour déçu. Une fois enclenchée, elle construit sa propre dynamique alimentée par d’autres frustrations qui font que même si une personne ressentant de la haine se réconciliait avec la personne qui en est à l’origine, elle éprouverait une grande difficulté à se libérer des négations perturbant la relation.
Que serait ce non-amour qui ne serait ni du désamour ni de la haine ? Serait-il de l’indifférence ? À soi-même ? Aux autres ? L’indifférence masque souvent des attentes déçues.
Le non-amour est un amour qui n’a pas encore déployé ses ailes, peut-être faute d’avoir appris à voler ou rencontré les circonstances lui permettant de les déplier. C’est le manque attendant la plénitude, le chemin où la rencontre espérée n’a pas encore eu lieu. C’est la quête tendue vers l’éveil. Le non-amour ressemble à de l’amour inaccompli ou encore à de l’amour en différé. La différence entre le désamour, la haine et le non-amour peut être illustrée par l’exemple d’une coupe prévue pour recevoir l’amour.
Le désamour est une coupe ayant été servie puis desservie et oubliée dans un coin. La haine est une coupe devenue vide, puis renversée et cassée. Le non-amour est une coupe presque vide, qu’une main fébrile tend vers le ciel pour la remplir. Mais déjà ce geste est une offrande et par lui le non-amour devient amour.

Extrait  de mon livre « Une aventurière de Dieu »

http://www.thebookedition.com/une-aventuriere-de-dieu-martina-charbonnel-p-45557.html

http://www.mckeditions.com/m%C3%A9ditations-t%C3%A9moignages/une-aventuriere-de-dieu/